Autrefois, les petites structures, associations et commerces de quartier créaient leurs affiches et flyers de manière artisanale avec des outils simples. Lorsqu'ils avaient de la chance, ils pouvait compter sur un proche habile avec GIMP. Sinon, ils devaient se débrouiller avec quelques informations, OpenOffice et une volonté de maximiser les effets proposés par le logiciel.

Cependant, cette esthétique désuète tend à disparaître, remplacée par des créations d'IA qui se démocratisent. Même les organisateurs d'événements et les collectivités s'y mettent, mettant en péril les professionnels de la création visuelle.

Sur Reddit, le subreddit IaCaca, créé en décembre 2025 par b3n33333, a rassemblé 124 000 utilisateurs mécontents de la qualité des créations d'IA. Ce groupe est un lieu d'échange sur les ratés de l'IA, inondé de visuels criards provenant de menus de restaurants ou d'illustrations difformes.

Clémence Dupont, illustratrice à Strasbourg, observe cette tendance notamment chez les petites entreprises. Selon elle, le recours à l'IA, bien que plus économique, pourrait nuire à la qualité des événements. Elle s'interroge sur la valeur des événements culturels dont la communication est bâclée.

Paradoxalement, l'imperfection redevient tendance. b3n33333 note un retour en grâce des affiches bricolées, signe d'un ras-le-bol général vis-à-vis des créations d'IA.

Les graphistes sont les plus touchés par cette évolution. En avril 2026, la Ville de Strasbourg a révélé une affiche pour son carnaval, générée par IA, ce qui a été critiqué par Clémence Dupont qui a remarqué l'absence d'un style reconnaissable. L'agence Welcome Byzance, mandatée pour le carnaval, avait soumis plusieurs propositions, dont deux créées par IA, et la municipalité a choisi l'une d'elles par manque de budget.

Dupont souligne que l'utilisation de l'IA par les collectivités aggrave la situation, en détournant des fonds qui devraient servir aux artistes. Un incident similaire a eu lieu à Rouen, où une affiche générée par IA pour un concours de Noël a également suscité des critiques.

Ces cas révèlent une perception dévalorisante des métiers créatifs, souvent considérés comme des passions déconnectées des contraintes financières.

Clémence Dupont constate une baisse des commandes pour des événements culturels. Elle remarque aussi que les clients demandent souvent des modifications basiques d'images, comme s'ils utilisaient un prompt d'IA.

Les affiches générées par IA manquent souvent de profondeur. Selon Dupont, même si elles sont esthétiques à première vue, elles n'ont rien à raconter. Alberto Romele, maître de conférences à la Sorbonne, explique que cette uniformité provient des banques d'images sur lesquelles les IA s'entraînent.

Les visuels générés par IA présentent souvent des incohérences, des textes mal rédigés et un manque de hiérarchie des informations, selon le collectif Autrices & Auteurs Rouen.

Le problème des droits d'auteur est également soulevé, les IA utilisant des millions d'images sans autorisation. Dupont déclare que les illustrateurs doivent maintenant inclure des clauses dans leurs contrats pour protéger leurs œuvres de l'utilisation par des IA.